Chasseurs à l'Arc de Franche-Comté

Bonjour à tous,

Je suis encore sous l'émerveillement d'un acte de chasse que je vais essayer de vous narrer les détails tellement ce fut pour moi intense.
Nous sommes le 27 Juin 2009 sur les plateaux du Haut Doubs, le temps est chaud et sec, je me hasarde pour ma 1° sortie du broc d'été sur les bords d'une lisière ou j'avais déjà vu jusqu'à 7 chevreuils viander sur 600 mètres de long. J'arrive sur les lieux un peu tardivement 18H45 environ, opération jumelage et pirsche dans l'herbe sèche tout juste coupée de la semaine avant. J'ai confiance (Trop???) en ma shaggie qui a joué tant de mauvais tours aux bêtes.

Et là alors que je vois encore le parking ou j'ai laissé ma voiture, à 50 mètres de moi un beau brocard sort du bois en viandant de façon très alerte. Je danse mon approche en suivant les contours sinueux de la forêt. 10, 20 mètres de parcourus et ce satané vent qui tourne...
Derrière le brocard, je devine d'autres chevreuils qui sortent, il est 19H00. Maintenant je suis bloqué par un manque d'écran végétal suffisant pour progresser... Il faut faire très attention à ne pas se découper en ombre chinoise, le soleil se couchant dans mon dos... Je tente de ramper tel un lézard hémiplégique de 80 ans... Mais c'est ce satané vent qui tourne qui trahira certainement ma présence et fera rentrer ce brocard au bois !!!!!!!!
Je laisse s'égrenner les minutes et les heures, des fois que... Les autres chevreuils: 3 dont une chevrette accompagnée semblent inabordales en plein découvert... C'est vrai pour le 3° (Comme pour le 1° broc de la soirée) un jeune curieux,à priori, une 243 m'aurait déjà fait clore tout acte de chasse jusqu'à l'ouveture.
Je médite à cette soirée qui n'a absoluement rien de négatif!!! Et surtout je repère les entrées et sorties du 1° brocard au bois, je vois un bel arbre pour y mettre un futur tree-stand. Il est 21H30... J'en sais assez, autant pas trop polluer le coin pour qu'il reste prometteur... Je rentre au bercail chérir mes enfants et ma tendre. ...

Les semaines passent et les conditions météo aussi... Il faut dire que il s'en passe des choses dans la vie d'une famille.. Un petit bout de choux que l'on soupçonne atteint d'une méningite, les vacances scolaires de la grande, l'abonnement de madame à revalider pour le Waterform... Bref tout ces "petits riens" qui vous bouffent la vie... Et surtout le temps de la chasse!!! Ha!!!!! Le temps de la chasse, le revoilà!


Je suis donc sur le départ en ce "joli" 7 Juillet 2009 à 17H55 alors qu'il vient de tomber des cordes et que le ciel est aussi noir que l'ébène de Maccassar sur le pays de Montbéliard. Il faudra que je fasse "fissa" !!!
Il me faut 35 minutes pour monter sur mon spot.... J'y serais à 18H30 pile poil!!! Le ciel s'est dégagé de ses tempêtueux cumulo-nimbus, le temps semble s'arrêter pour entretenir un souffle infini de quiétude. Le duel pourra commencer, il fera bon mourrir ce soir!!! Je suis en place à 12 mètres de là ou le brocard a bien daigné sortir l'autre jour! Je sais qu'il doit sortir vers 19H00. Je suis serein car l'herbe est plus haute que l'autre jour et surtout bien humidifiée par l'averse orageuse de l'après midi. Un vent frais (15C °!) balaye mon panorama de coté forêt à coté plaine!!! Idéalement, je pourrais même me payer le luxe d'une lotion anti-tique à l'eau de cologne que nul n'y sentirai!!! La shaggie sur le corps, la shaggoule sur la tête, la flêche encochée je suis là rêveur d'un soir d'été à espèrer l'improbable pour beaucoup, l'inexorable pour l'un...


D'un seul coup 30 mètres plus loin que là ou je l'imaginais... il est là, il est sorti, je me serais donc fait berné une fois de plus !!!! Je rage, je tempête intérieurement, je dois être plus fort que cet animal, le mano à mano est dans ma tête, je réfléchis, échaffaude et agis. Comme l'autre jour, je danse à nouveau mon approche... Les pas son plus précis et moins bruyants, j'avais aussi prévu de ne pas me charger du bruyant Cat Quiver pour ce corps à corps... La distance se réduit considérablement quand d'un seul coup sans raisons apparentes, "mon" broc disparait dans la lisière! Je file un mauvais coton, il n'a pas pu ni m'entendre ni me voir ni me sentir!!! Ce n'est pas possible, de toute façon, il ne s'est pas enfuit, il baguenaude sans doute au milieu des fleurs de "cocu"...
Je continue alors ma progression comme si rien n'avait changé dans mon objectif, avec la même détermination et la même volonté d'en découdre avec ce qui semble devenir un fantôme inssaisissable. Je me pose derrière un bouquet de noisetier à environ 15 ou 20 mètres de là ou j'ai cru voir ce "Capreolus Gasper Gasper"pour la dernière fois. Las et fatigué de cet effort de concentration permanent, je décide de me poser (A genoux!) Je garde le souvenir du passage régulier d'un goupil dans ce champs, je mets à espèrer autre chose. Faute de grives...


Soudain ma vue est accrochée par un mirage: Là au ras du sol je vois deux grandes oreilles à environ 16/17 mètres de moi. J'aurai donc le plaisir de croiser du regard un oreillard??? Mais non, je vois une forme plus grosse et des ramifications entre les oreilles!!! Ce n'est pas un lièvre qui est là mais bel et bien "mon" brocard qui ne s'était pas refugié dans le gaulis voisin mais qui s'était couché en lisière et allongeant son cou dans l'herbe, faisait batifoler ses oreilles dans les fanes de regain en croissance... J'ai encore ma chance. Je tente de grapiller quelques décimètres précieux, car 18 mètres est ma distance maxi de précision pour tirer sur un animal vivant!!! Puis ne pouvant plus bouger (manquant d'écran camouflant!) je stoppe net.
L'arc est doté de son projectile, je suis prostré là comme un "prêtre de la mort" invoquant l'arrivée de la grande faucheuses à brocards! Le temps ne semble plus s'écouler... J'ai du rester ainsi pas loin d'une demi heure, mes genoux s'en souviennent!


"Mon" brocard semble profiter de la douceur de vivre et ne manifeste aucun signe d'inquiétude... Comment va-t-il m'offrir ce que j'attends de lui??? Mon allié sur ce fait sera des plus inattendus! Car dans ma vision périphérique quelque chose vient de bouger, un intrus fait place! C'est maître goupil qui cherche pitance avec une méthodologie frôlant l'insolence. Il se pose sur ses fesses à une respectable distance d'environ 40 mètres de moi pour mieux humer l'air ambiant d'un théatre où se joue une tragédie de nos racines et, soudain, tout semble à nouveau figé!

Figées, ce sont mes jambes qui sont figées. J'ai des fourmis pleins les mollets, je vascille, il faut que l'acte soit là! Ce ne sera plus très long... Le renard a vu bouger "mon" broc, et se faisant (peut-être?!?!) une fausse idée, fait quelques pas en sa direction. Quand le prince des lieux se redresse maître goupil s'arrête net. Le brocard ne semble pas très impressionné par ce petit carnassier, il le connait certainement. mais ne comptant pas se laisser marcher sur la platte bande, il semble faire face au renard. Mon arc est armé et mon pin cherche un point de la cage toracique entre les feuilles de noisetiers. Le broc fait deux pas, il est trois quart arrière à environ 17/18 mètres... Je stabilise ma visée!


Ca y est, la flèche est partie, le vol lugubre de la lame ne déchire  le silence de ce soir d'été Comtois que par sa morsure dans les chair du brocard qui réagit par une course effrenée. Celle-ci lui fera faire un arc de cercle complet dans le champ qui le fait revenir pour me faire face à 2 mètres, je m'écarte pour le laisser passer et s'enfoncer dans le bois. Je compte depuis le départ de l'anchuss, les secondes de vies qui s'égrennent... 10.... 20...un premier fracas et avant 30s, un second fracas quasiment au même endroit. Tout redevient calme! Le goupil s'en est allé dans des lieux plus clément...
Je regarde ma montre, il est 19H50... Je marque mon endroit de tir et je me pose le cul dans le regain... Il faut pas perdre ses moyens car c'est maintenant que j'ai besoin du peu d'intelligence que m'a donné Mère Nature... Je me rappelle les circonstances, les bruits, les repères espaces temps... Je me passe le temps en chantant une vieille rengaine de Delpèche "Quand j'étais chanteur"... cela me repose! Je range ma shaggie, ma shaggoule, mes gants, et je sors le ruban de marquage... Il est 20H20, je peux y aller!


Je souhaite à tous les daltoniens de la terre d'avoir à suivre une telle piste au sang, je refais le parcours de ce brocard de l'anschuss jusqu'à l'entrée au bois. Je piste maintenant soigneusement en gardant une seule obsession, le sang, le sang, le sang, le sang.... progressant à quatre pattes, revenant en arrière quand je ne voyais plus rien, je millimètre ma progression pour ne pas en perdre une goutte. Puis j'arrive sur une reposée, flaque énorme et 3 mètres plus loin l'empenage de ma flêche (Je ne retrouverai jamais ma lame!). Me remémorant le timing des fracas, je pense être proche de mon "Nirvana", mon Everest.
En effet quelques mètres après, je trouve mon brocard inanimé. La flèche entrée dans le cuiisot, lui avait coupé la fémorale, de l'intestin, le foie et la base des poumons pour ressortir dans les côtes opposées.
Je remercie la nature de m'offrir ce cadeau et dans un dernier hommage, la gorge serrée, caresse ce joli brocard.
L'évicèration et le transport ne sont qu'une formalité tenant de la balade de santé pour papys en déambulateur sur terrain plat.
Le retour à la civilisation me semble un peu plus lourd qu'à l'accoutumée...

Dans les Rochettes, un broc est mort ce soir!

SAM

Matos:
MISSION X3
65#@27
Flêche alu XX78 2219, bilame stinger 125 grains
Distance de tir 17 à 18 mètres.
Distanc de fuite environ 50 mètres.
Atteinte 3/4 arrière entrée pleine cuisse resortie base poumons.


Jeu 9 jui 2009 14 commentaires
Merci pour cette ballade.
béné - le 09/07/2009 à 08h38
Bravo Sam, et magnifique récit, cela nous fait rêver!!!
Jeannot - le 09/07/2009 à 08h58

Bravo,  superbe chasse, vivement l' automne!!! 

Daniel - le 09/07/2009 à 10h19
Belle histoire et joli texte, presque pas de faute...... Mais bon avec des roulettes ça compte moins. àSAMedi 
françois - le 09/07/2009 à 18h46

BRAVOS SAM

Gilles - le 09/07/2009 à 19h01
Bravo sam très belle saga, et magnifique brocard !!! et trés belle flèche! Encorep bravo!!
Philippe - le 09/07/2009 à 19h02
Ouaaahhh !!! ce récit m'a complétement excitée !!!!!!! Merci !!!!!
Mlle Gelachaux (de Pise) - le 09/07/2009 à 19h03
Merci à tous... J'éspère simplement vous avoir fait passer un bon moment de lecture comme j'ai passé un très beau moment de vie et de mort dans le monde sauvage.
Let's go into the wild!
SAM
SAM - le 09/07/2009 à 22h37
23h24, je viens de lire ton récit, je vais pouvoir aller me coucher ( ma moitié me demande ce que je f..) et rêver un peu en me mettant à ta place.
Félicitation à l'archer et au romancier.

J luc alias P de P
jean-luc - le 09/07/2009 à 23h26
Bravo mon Sam, toutes mes félicitations pour ce chevrillard...merci pour le récit...
franckM - le 10/07/2009 à 14h15