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Le bouquetin recolonise les Alpes

Publié le par Patrick Morel

Chassé puis réintroduit par l'homme, le bouquetin recolonise les Alpes

 

La monarchie peut avoir du bon. Sans Victor-Emmanuel II de Savoie, premier roi d'Italie, le bouquetin aurait probablement disparu des Alpes, exterminé par les chasseurs dès le XIXe siècle. Mais le souverain, lui-même grand chasseur, s'émut de ce massacre, à temps pour faire du massif du Grand Paradis, dernier refuge de l'espèce, dans les Alpes italiennes, une réserve royale.

 

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C'est de ce sanctuaire que sont originaires la quasi totalité des bouquetins qui repeuplent aujourd'hui les massifs alpins. Car après le temps de la quasi disparition vint celui de la réintroduction. Suisses, Autrichiens et Yougoslaves allèrent puiser dans la réserve du Gran Paradiso. En France, la première opération de réintroduction eut lieu en 1959, sur le versant haut-alpin du massif des Cerces. Les animaux provenaient de la réserve fédérale du Mont-Pleureur, en Suisse, qui a fourni près de la moitié des 414 bouquetins relâchés dans les Alpes françaises entre 1959 et 2005.

Au dernier recensement, qui date justement de 2005, la population française de bouquetins atteignait 8 700 individus, contre 3 770 en 1994. "Si l'on compare à la situation à la fin des années 1950, où il ne restait sans doute en France qu'une population résiduelle de quelques dizaines d'individus en Haute-Tarentaise et en Haute-Maurienne, on peut considérer que c'est un succès qui a permis d'éviter à l'espèce de disparaître, affirme Robert Corti, de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), coordonnateur de l'Inventaire des populations françaises d'ongulés de montagne. Cependant, l'espèce est loin d'occuper l'aire qui était la sienne il y a deux siècles. Il reste du travail à faire."

La Savoie et la Haute-Savoie accueillent les populations les plus importantes de bouquetins des Alpes, mais c'est en Isère que l'on trouve un des exemples les plus réussis de réintroduction : la réserve de Belledonne-Sept Laux abrite une colonie d'un millier de bouquetins, qui descendent des vingt individus introduits en 1983. Un résultat exceptionnel pour une espèce au pouvoir colonisateur traditionnellement faible.

"La colonie a connu un taux de multiplication particulièrement fort- de l'ordre de 1,2 par an - les dix ou douze premières années, témoigne Carole Torgo, ingénieur à l'ONCFS, où elle travaille sur la dynamique des populations de bouquetins. Cela peut s'expliquer par la qualité du milieu, les disponibilités alimentaires et des zones d'hivernage propices. Le bouquetin est exigeant : il n'aime pas la neige, il lui faut des zones très raides et exposées au sud."

Protégées et interdites à la chasse en France, les populations françaises de bouquetins vivent aujourd'hui sous l'étroite surveillance des humains. La colonie de Belledonne est une des plus suivies : de nombreux individus sont marqués et équipés de colliers émetteurs. D'avril à septembre, Carole Torgo arpente le massif pour observer le comportement des animaux.

Régulièrement, des captures sont effectuées afin de mesurer l'état sanitaire des individus. Début mai, une dizaine de bouquetins ont été prélevés de la population de Belledonne : endormis, capturés et transportés à dos d'homme, ils ont été relâchés dans le parc naturel de la Chartreuse, qu'ils sont chargés de recoloniser.

Les efforts produits pour assurer le succès de ces opérations de réintroduction sont considérables. Les résultats sont bien là, mais pourquoi avoir tant consacré au bouquetin des Alpes, alors même que son cousin des Pyrénées disparaissait des versants français ? "C'est une question qui ne se pose pas quand on tombe, au cours d'une randonnée, sur 60 ou 70 bouquetins, répond Robert Corti. Avant, on n'avait aucune chance de voir un ongulé de montagne dans certains massifs. Aujourd'hui, on peut croiser jusqu'à cinq espèces dans la même journée (bouquetin, chamois, mouflon, chevreuil et cerf). La biodiversité, c'est ça."

Source : Gilles van Kote pour le Monde.fr

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