Les acteurs mondiaux du secteur de l’armurerie et de la chasse se sont retrouvés il y a tout juste une
semaine à l’IWA, à Nuremberg en Allemagne. L’occasion de faire le bilan des évolutions intervenues en quarante années d’existence de cet incontournable salon .
En moins de deux décennies, ce que l’on a désormais coutume d’appeler la « révolution numérique », est parvenue à s’imposer dans la plupart des domaines de notre
quotidien et, contre toute attente, aucun secteur d’activité – même a priori le plus traditionnel ou le plus conservateur – ne sera parvenu à s’y soustraire, celui de la chasse n’y faisant bien
sûr pas exception…
L’agressivité des politiques commerciales actuelles et la « marketingisation » croissante du secteur (calquée sur le modèle du « consumérisme boulimique » à
l’américaine) ne sont pourtant que la partie visible des évolutions induites par ce véritable phénomène civilisationnel qui a en réalité commencé de manière assez discrète par la conquête du
monde de l’entreprise et ce, il y a plus de vingt années déjà.
Au début des années 90 l’adoption systématique des nouveaux outils informatiques de CAO/DAO. (Conception assistée par Ordinateur et Dessin Assisté par Ordinateur)
et des tours automatiques à commandes numériques (ou C.N.C., pour Computer Numerical Control) repousse les limites de toutes les opérations d’usinage traditionnelles (fraisage, tournage,
taraudage, alésage, pointage, décolletage, rectification, etc.). À l’image des industries automobile ou aéronautique – qui ont été à ce titre des précurseurs – ces nouveaux outils seront
progressivement mis en œuvre dans tous les secteurs d’activités, dont très rapidement celui de l’armement de chasse et de sport.
De son poste à son canapé il n’y a plus qu’un pas…
En Europe, sous l’impulsion de son nouveau dirigeant Gerhard Blenk, la société Blaser sera ainsi la première à s’attacher dès 1986 à transformer une entreprise
reconnue et innovante (mais finalement d’envergure modeste et d’ambition limitée), en une florissante multinationale de l’armement de sport. Sur un marché dorénavant globalisé, être réactif et
anticiper les nouvelles tendances devient alors l’obsession de l’ensemble de la profession.
Cependant en matière d’armement, l’innovation se doit d’arriver au bon moment car toute erreur se paie alors comptant. À ce titre, l’échec de l’introduction en 1999
de la version à amorçage électronique (EtronX) du célèbre modèle 700 de l’américain Remington reste d’ailleurs toujours l’exemple le plus emblématique…
D’une manière générale, les innovations en matière d’armement auront donc été avant tout sensibles en termes d’amélioration de la fiabilité et du confort
(polyvalence, durabilité, ergonomie, poids, compacité, etc.), en particulier en ce qui concerne les armes à mécanismes semi-automatiques, leur marge de progression étant à l’époque encore
relativement importante.
Du côté des « lisses » le problème du surcroît d’entretien combiné à la diversité des rechargements disponibles aura de ce fait représenté le principal enjeu à
surmonter. L’apparition de systèmes à compensation de gaz dits « autonettoyants », permettant de gérer (sans aucune intervention) les fluctuations de pression générée par des chargements
différents aura en conséquence été déterminante et constitué un axe de développement majeur.
Du côté des « rayées » c’est en revanche plus sur les « détails » qu’il faut se pencher : modularité extrême, canons « flûtés » ou cannelés, crosses synthétiques
modulaires, finitions camouflées ou insensibles aux éléments, gravures et quadrillages au laser, organes de visée en fibre optique, etc. – la « révolution numérique » aura rendu possible pléthore
d’innovations souvent utiles, parfois superflues, mais qui auront tout de même largement profité aux utilisateurs.
Au regard de la nature de leur activité – dominée en amont par les modèles mathématiques et en aval par une automatisation intégrale de leur outil de production –
les encartoucheurs ont toutefois été parmi les premiers à adopter les solutions informatiques de dernière génération. Grâce notamment à des outils de simulation toujours plus performants ils
auront développé de nouveaux projectiles qui n’auront peut-être pas bouleversé les pratiques cynégétiques à proprement parler mais qui auront tout du moins contribué à rajeunir plusieurs calibres
désormais considérés comme un peu obsolètes ou trop spécialisés.
La chasse dans un fauteuil
Cas spécifique des grenailles sans plomb mis à part (évolution vers l’acier, le tungstène etc.) ce sont donc les projectiles uniques destinés aux carabines
mais aussi et surtout aux fusils qui auront le plus évolué. Les projectiles pour armes lisses (balles sous calibrées et autres « Sabot Slugs ») ont ainsi adopté bon nombre de « recettes »
expérimentées sur celles destinées aux armes rayées (pointes initiatrices en matériaux polymères, structures plus complexes à expansion contrôlée etc.) tandis que dans le même temps les
balles de carabines exploraient des pistes inédites avec les noyaux « soudés » et les « monométalliques » principalement.
Dans l’optique, les vagues de bouleversements se seront avant tout manifestées pour le consommateur par un recours croissant à l’électronique, un phénomène rendu
possible par l’avènement des microprocesseurs et autres « puces » ainsi que par l’extrême miniaturisation des circuits imprimés. Trois familles de produits totalement nouvelles ont pu voir le
jour et se démocratiser en seulement quelques années : les viseurs à collimateurs (appelés aussi « points rouges ») tout d’abord, les télémètres laser ensuite (combinés désormais à des optiques
de tir ou d’observation) et enfin l’ensemble des solutions relevant de la « digiscopie » (des dispositifs destinés aux longues-vues en passant par les pièges photographiques ou les caméras
embarquées).
Ce marché de l’éléctro-optique est certes en constante mutation, reste influencé de manière notable par les grandes tendances et avancées du marché de
l’électronique grand public mais recèle un potentiel de développement immense… Enfin concernant les vêtements et le chaussant, le marché de la chasse a bénéficié de l’intégralité des avancées
initiées sur le marché de « l’outdoor » depuis le début des années 80. Les matériaux synthétiques modernes et les membranes « imper-respirantes » se sont donc facilement imposés et ont fait
découvrir aux chasseurs les performances et la praticité des textiles « multicouches ».
Ce petit tour d’horizon ne serait cependant pas complet s’il n’évoquait pas d’autres phénomènes concomitants qui ont eux aussi largement contribué à faire rentrer
le monde de la chasse dans une nouvelle ère. La « chasse dans un fauteuil » est ainsi l’ultime expression de la « révolution numérique » appliquée aux activités cynégétiques : forums et sites
commerciaux dédiés sur la « toile », programmes spécialisés et films à la demande sur le câble, jeux interactifs et également films sur supports digitaux (DVD) – à l’image de la société dans son
ensemble, le chasseur du XXI e siècle est décidément lui aussi en complète métamorphose…
Alexandre BOMBENGER, en collaboration avec la FDC 88 pour Vosges matin.fr
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Lundi 19 mars 2012
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19
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Par Patrick Morel
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